Contexte historique
Ce projet est consacré à la persévérance et l’acharnement de Joseph-Armand Bombardier qui dans son garage de Valcourt au Québec a travaillé sans relâche pendant 10 ans (1926-1936) à la mise au point du système de traction barbotin-chenille. Cette invention a révolutionné le monde des transports. À travers cette bande dessinée interactive, on y découvre les nombreux essais et erreurs de l’inventeur qui ont mené à sa réussite. Une manière originale et captivante de raconter aux jeunes la passion qui l’a animé et de les inspirer à poursuivre leurs rêves. Découvrez ici-bas des contenus supplémentaires sur la vie et l’œuvre de Joseph-Armand Bombardier. Vous y trouverez les lieux significatifs de cette époque effervescente, les personnes de son entourage et les inventions qui ont marqué sa carrière.
Lieux

Pendant longtemps au Québec, les déplacements en hiver étaient difficiles. Même si une grande partie de la population vit en campagne, les rues n’y sont pas déblayées et on utilise des attelages de chevaux pour taper la neige et permettre aux gens de circuler en traîneau. Les voitures quant à elles, tiennent mal les routes enneigées. Valcourt, comme la majorité des villages québécois en hiver, est plongé dans l’isolement ce qui freine les déplacements motorisés. Dans ce village des Cantons-de-l’Est les routes ne sont pas déneigées avant la fin des années 1940. L’inventeur a l’ambition de développer des véhicules pour circuler sur la neige. Il multiplie les efforts et mettra au point un véhicule qui vaincra l’isolement et facilitera les transports en hiver.

En 1926, Alfred Bombardier, père de Joseph-Armand achète un terrain près du pont à Valcourt. Aidé de sa famille et de la communauté, il bâtit un garage pour son fils alors âgé de 19 ans. Ce dernier y opère un garage de réparations automobiles et de machineries. En 1929, il l’agrandit et en fait l’acquisition. L’inventeur se tourne de plus en plus vers la mise au point de véhicules pouvant circuler sur la neige, de sorte que vers 1937 il se lance exclusivement dans le développement et la fabrication d’autoneiges.
Ce bâtiment est le lieu où l’inventeur a usé d’une ingéniosité et d’une créativité hors du commun malgré le peu de moyens à sa disposition. C’est dans ces murs qu’il développa son premier modèle populaire : le B7. En 1968, la Fondation J. Armand Bombardier fait l’acquisition du bâtiment et le transporte à l’adresse actuelle afin qu’il fasse partie d’un musée dès 1971 voué à perpétuer la mémoire de l’inventeur. Depuis 2016, le garage original abrite un spectacle multimédia dans le Musée de l’ingéniosité J. Armand Bombardier qui rend hommage à cette figure marquante de l’histoire du Québec.

Vue intérieure du Garage Bombardier alors qu’il sert d’atelier de réparation et de mécanique automobile. L’aptitude remarquable de Joseph-Armand Bombardier à trouver une solution à tout problème mécanique, qu’il s’agisse de moteurs d’automobiles, de bancs de scies ou de pompes agricoles, lui vaut rapidement une excellente réputation dans la région.

Ouvriers à l’assemblage du moteur d’une autoneige Bombardier. Une fois la première usine de Joseph- Armand Bombardier construite en 1940, le Garage Bombardier a servi à l’assemblage d‘autoneiges, à l’entreposage et au lavage de certaines pièces en lien avec les véhicules industriels jusque dans les années 1960.

Bureau de Joseph-Armand Bombardier dans le Garage Bombardier tel qu’occupé par l’inventeur en 1926 jusqu’au début de 1941 alors qu’il transfère son bureau dans sa nouvelle usine. En visitant le Musée de l’ingéniosité J. Armand Bombardier vous pouvez y voir le bureau de l’inventeur dans le Garage original.

Dans les années 1940-1950, Wilfrid Charbonneau a un restaurant et une salle de billard à Valcourt, on le voit ici au centre devant son restaurant. Joseph-Armand Bombardier y allait régulièrement pour jouer au Pool. M. Charbonneau est l’un des premiers à Valcourt à assurer un service de taxi et de Snow taxi, il utilisera une autoneige B12 dans les années 1940 pour conduire les clients en hiver.
Son entourage - Les personnes

Né le 16 avril 1907 à Valcourt, au Québec, Joseph-Armand Bombardier est le fils aîné d’Alfred Bombardier et d’Anna Gravel. À 13 ans, il fabriquait déjà des jouets mobiles à partir d’éléments d’horlogerie, puis, deux ans plus tard, il conçut son premier véhicule pouvant circuler sur la neige. Destiné à la prêtrise, il suivit une partie de son cours classique, mais sa passion pour la mécanique l’emporta sur les études. En 1926, il s’établit comme garagiste à Valcourt dans le garage que son père lui avait construit. Il y mena d’inlassables recherches pour résoudre les problèmes de poids et de traction des véhicules de transport sur neige. En 1929, il épousa Yvonne Labrecque, avec qui il eut six enfants. Illustre inventeur canadien-français, Joseph-Armand Bombardier est un entrepreneur de renom et un homme engagé dans sa communauté. Il a obtenu 43 brevets d’invention et mis au point un nombre impressionnant de véhicules spécialisés, tant pour le transport sur neige que tout terrain.

Femme de cœur empreinte d’une grande humanité, Yvonne Labrecque épouse Joseph-Armand Bombardier, le célèbre inventeur en 1929. Ils donneront naissance à six enfants : Germain, Yvon, Janine, Claire, Huguette et André. À la suite du décès de son mari en 1964, madame Labrecque Bombardier est alors en charge de Les entreprises J. Armand Bombardier. De son vivant, Monsieur Bombardier soutenait divers organismes communautaires, éducatifs et culturels et s’impliquait bénévolement. Dans un souci de faire perdurer cette implication, dès 1965, elle décide de mettre sur pied l’une des premières fondations familiales québécoises francophones. Entourée de ses filles Janine, Claire et Huguette, elle poursuit le travail de son mari auprès des œuvres qu’il a appuyées tout au long de sa vie. Le Centre culturel et la Bibliothèque situés à Valcourt sont nommés en son honneur.

Beau-frère et collaborateur de Joseph-Armand Bombardier.

Frère de l’inventeur, actionnaire et directeur à L’Auto-Neige Bombardier Limitée. Léopold assistera Joseph-Armand Bombardier dans la conception du véhicule 1922, premier véhicule pouvant circuler sur la neige qu’ils mettront à l’essais lors des vacances de Noël 1921-1922. Ils réussiront à faire une sortie remarquée. Toutefois, l’hélice représente un danger que leur père redoute. Il leur ordonnera donc de démanteler le véhicule 1922.
Léopold a grandement été impliqué dans la reconstitution de certains véhicules pour l’élaboration du Musée J. Armand Bombardier qui a ouvert ses portes en 1971.

Second fils de Joseph-Armand Bombardier et d’Yvonne Labrecque, décédé en 1934 à l’âge de deux ans et demi, d’une péritonite. Le décès de son fils Yvon, faute d’avoir pu être transporté à l’hôpital, fut déterminant dans la vie de l’inventeur qui mit de côté ses tentatives de mise au point d’un petit véhicule. Il concentra alors davantage ses efforts à la production d’un véhicule pour le transport de plusieurs passagers. Il redoublera d’efforts afin de mettre au point son autoneige B7 à 7 passagers pour circuler sur la neige. On voit ici Yvon à côté de son frère Germain.

L’aîné des enfants de Joseph-Armand Bombardier et d’Yvonne Labrecque, Germain a commencé jeune à travailler avec son père à L’Auto-Neige Bombardier. Il a finalement intégré de la première équipe avec ses oncles Alphonse, Léopold, Gérard ainsi qu’avec madame Marie-Jeanne Dupaul et monsieur Roland Saint-Pierre. Il a obtenu des brevets, dont certains sont reliés à la motoneige Ski-Doo®. Pendant les années cinquante, il était responsable à Kingsbury de la division Rockland Accessories Ltd. Vers la fin des années cinquante et au début des années soixante, il s’impliqua de plus en plus avec son père dans les opérations de l’entreprise à Valcourt. À la mort de son père, en 1964, il devint président de l’entreprise jusqu’ en 1966.

Joseph-Armand Bombardier et sept de ses employés en 1937. Ce sont les premiers employés de Joseph- Armand Bombardier, dans l’ordre de gauche à droite devant le Garage Bombardier devenue L’Auto- Neige Bombardier dès 1937 : Joseph-Armand Bombardier, Joseph Houle, Léonard Désilets, Philippe Bombardier, Laurent Malouin, Gérard Bombardier, Patrice Cousineau et Isaïe Boissé.

Le Docteur Phydime Langlois est le premier médecin à pratiquer à Valcourt de 1903 à 1938. En octobre 1903, il devient propriétaire d’une grande maison dans laquelle il installe son cabinet de médecin. On le voit ici à côté de l’un des prototypes de Joseph-Armand Bombardier devant l’hôtel de Valcourt.

Joseph-Arcade Éthier, curé de la paroisse de Saint-Joseph-d’Ely de Valcourt de 1924 à 1940.
Les inventions

Flotter sur la neige est une pensée qui anime Joseph-Armand Bombardier dès son plus jeune âge. À 15 ans, durant la période des Fêtes, il fabrique son tout premier véhicule pouvant circuler sur la neige. Habile mécanicien, il redonne vie au moteur défectueux d’une Ford Modèle T que lui avait offert son père Alfred Bombardier. Il combine un moteur Ford qu’il fixe à des patins de traîneau et une hélice qu’il installe à l’arrière du véhicule, son frère Léopold et lui ont réussi une sortie spectaculaire dans le village! Toutefois, l’hélice représente un danger que leur père redoute. Il leur ordonnera donc de démanteler, c’est ce qu’il a fait, mais il ne s’est pas arrêté là!
Le Musée de l’ingéniosité J. Armand Bombardier possède deux exemplaires de ce véhicule :
- Une reconstitution fidèle a été fabriquée pour la réalisation de l’exposition permanente du Musée J. Armand Bombardier qui a ouvert ses portes en 1971. Réalisée selon les spécifications de Léopold et Alphonse-Raymond Bombardier, frères de l’inventeur, pour le compte du Musée.
- Une réplique réalisée pour la minisérie Bombardier, diffusée en 1992, sur la vie et l’oeuvre de Joseph-Armand Bombardier. Construite par messieurs Bissonnette, Marcheterre et Moisan, elle est acquise en 1991 par le Musée.

Dès 1927, Joseph-Armand Bombardiers multiplie les essais pour mettre au point un véhicule capable de circuler sur la neige. L’inventeur sait qu’il devra répondre à trois défis : la répartition du poids du véhicule, la conception d’un système de traction fiable et le développement d’une bonne suspension. Les systèmes chenillés utilisés à l’époque pour les déplacements en hiver sont conçus en remplaçant, en général, les roues avant des véhicules existants par des skis et en ajoutant des roues à l’arrière pour recevoir une chenille rigide. Inspiré par ces systèmes, il met au point, en 1929, un système de chenilles de métal adapté à une automobile Ford Modèle T. Joseph-Armand Bombardier met au point un système de chenilles de métal constitué de traverses d’acier reliées entre elles par des mailles de chaîne. Il ajoute une seconde paire de roues à l’arrière de cette voiture afin d’installer son système de chenilles. Il remplace les roues avant par des skis.

En 1931, Joseph-Armand Bombardier utilise une chenille souple, plus longue, fabriquée à partir d’une courroie de convoyeur et actionnée par une roue de commande qu’il installe aussi sur un Modèle T. Ce véhicule offre une meilleure traction, une plus grande flottabilité au sol et est donc plus fiable. À l’arrière, il installe des roues de commande doubles reliées par des tubulures de métal entre lesquelles il insère des blocs de bois pour entraîner la chenille, ce qui assure un meilleur déplacement. De chaque côté, il installe de plus petites roues, ce qui augmente la flexibilité de la suspension. Elles sont fabriquées à partir de tambours de frein. Il remplace une partie de la carrosserie en acier par du contreplaqué, ce qui permet d’alléger le véhicule. On voit ici le notaire Antonio Grandpré à côté du prototype du véhicule 1931.

En 1934, Joseph-Armand Bombardier met au point un monoplace pour tester le rapport entre la répartition du poids et la traction. De forme aérodynamique, avec une carrosserie plus légère, le prototype est équipé d’un moteur de motocyclette à quatre cylindres. En plaçant ce moteur à l’arrière du véhicule, le poids se retrouve alors sur les chenilles, ce qui améliore la flottabilité et la traction. Les roues de commande, situées à l’arrière, assurent un entraînement interne. Toutefois, la neige continue de s’accumuler à l’intérieur du système de traction, ce qui entraîne une perte d’efficacité.
Cette fois, Joseph-Armand Bombardier ne modifie plus d’automobile, il crée un véhicule en utilisant un petit moteur qu’il place à l’arrière, au-dessus des chenilles. Celles-ci sont actionnées via une chaîne sur un engrenage. Il installe le moteur à l’arrière du véhicule. Le poids se retrouve alors sur les chenilles, ce qui assure une meilleure flottabilité et une traction améliorée. Il utilise un système de chenilles semblable au véhicule de 1931. Dans le but d’alléger le véhicule, il fabrique un châssis composé essentiellement en bois.

En 1935, l’inventeur poursuit ses recherches sur des véhicules existants offrant une plus grande capacité. Comme en 1934, il place le moteur à l’arrière du véhicule et allège sa carrosserie. De plus, il invente un nouveau système de traction révolutionnaire : le barbotin-chenille. Une roue d’engrenage dentée, fabriquée en bois et recouverte de caoutchouc, entraîne la chenille souple, composée de deux bandes de caoutchouc reliées entre elles par des traverses d’acier. Ce système permet davantage l’évacuation de la neige grâce aux ouvertures entre les traverses d’acier et les bandes de caoutchouc. L’utilisation du caoutchouc réduit considérablement l’usure des composantes. Cette première invention brevetée influencera la carrière de l’inventeur. Le véhicule 1935 répond enfin aux attentes de Joseph-Armand Bombardier.
Le moteur, installé à l’arrière du véhicule, permet une répartition optimale du poids du véhicule sur les chenilles, donc une meilleure traction et une amélioration de la glisse sur les skis.
Le barbotin est très efficace pour transmettre la force motrice aux chenilles. Le nouveau système permet davantage l’évacuation de la neige grâce aux ouvertures entre les traverses d’acier et les bandes de caoutchouc. L’utilisation du caoutchouc réduit considérablement l’usure des pièces. Il fabrique une carrosserie plus légère composée de contreplaqué, de bois et de toile. Il installe deux grosses roues en tandem pour assurer la suspension.
« J’avais confiance en ce dispositif et je croyais qu’il y avait un potentiel pour quiconque qui voulait s’attaquer aux problèmes de transport en hiver. » J. Armand Bombardier

Dessin technique du premier brevet n° 367104 de Joseph-Armand Bombardier, « Auto-chenilles pour la neige », 29 juin 1937.

Les sept premières autoneiges de production sortent à l’hiver 1936-1937. Elles portent la désignation B7, soit B pour Bombardier et 7 pour le nombre de passagers qu’elles peuvent accueillir. Ces véhicules connaissent un bon succès. L’inventeur cherche toujours à améliorer ses produits.

C’est en 1937 que Joseph-Armand Bombardier commence à produire ses véhicules en série. Après avoir amélioré le prototype de 1935, l’inventeur, devenu aussi entrepreneur, met au point un véhicule pouvant transporter sept passagers, le B7, premier véhicule commercialisé conçu spécifiquement pour le transport sur la neige. Le modèle B7 est très prisé par les professionnels de l’époque et devient vite accessible à toute la population. Afin d’augmenter l’efficacité du système barbotin-chenille, de petites roues supplémentaires sont ajoutées, améliorant la suspension arrière.
Les sept premières autoneiges de production sortent à l’hiver 1936-1937. Elles portent la désignation B7, soit B pour Bombardier et 7 pour le nombre de passagers qu’elles peuvent accueillir. Ces véhicules connaissent un bon succès. L’inventeur cherche toujours à améliorer ses produits.

Au cours de 1941, Joseph-Armand met au point une nouvelle autoneige, désignée B12, qui fera l’objet d’un brevet d’invention le 23 juin 1942. D’une capacité de 12 passagers, cette autoneige présente un profil allongé qui lui donne une allure plus aérodynamique que celle de l’autoneige B7.
Dès sa sortie, l’autoneige B12 connaît un grand succès et les commandes se multiplient. Au total 2817 exemplaires seront produits entre 1941 et 1951 par la compagnie de Valcourt.

L’autoneige B12, véritable réussite commerciale, est produite de 1941 à 1951. Ce véhicule emblématique est alors utilisé comme autobus et ambulance, mais aussi pour le transport de passagers en général, du courrier, des vivres et des marchandises. Son châssis de type toboggan lui assure une grande flottabilité. De plus, le système barbotin-chenille est à nouveau peaufiné avec cette autoneige : une suspension arrière où chaque roue est indépendante est mise au point, ainsi la chenille obtient un meilleur contact avec le sol.
L’autoneige B12 CS, produite entre 1944 et 1951, est équipée d’un nouveau moteur Chrysler plus performant. Véhicule aux capacités remarquables, muni d’un système électrique de six volts et d’un système de chauffage à air forcé, le B12 remporte un grand succès. Sa polyvalence entraîne une diversification de son utilisation. Plusieurs seront d’accord pour affirmer que ce véhicule représente l’âge d’or des autoneiges Bombardier.